Aérémeuh, pardon ?

On désembraye et on se remet au point mort. Lors du précédent article, je me suis rendu compte que j’avais sauté une, voire plusieurs étapes. C’est vrai, c’est quoi ARM en fin de compte ? Ils ne produisent pas de processeur, pourquoi tout le monde en parle, représente t-il une menace pour Intel ? Pas simple de s’y retrouver.

 
 

Remontons le temps

ARM Ltd est une compagnie fondée en 1990, dont le siège social repose dans la prestigieuse ville de Cambridge. Rien à voir avec AMD ou Intel qui se sont installés à la fin des années 60 dans la Silicon Valley profitant de l’énorme boum technologique et de la naissance de l’informatique grand public. ARM est une entreprise très jeune face à ses concurrents, d’ailleurs sont-ils réellement concurrents ? Nous y reviendrons.

La signification de l’acronyme ARM est également pleine de sens : Advanced RISC Machines. Le terme RISC n’est pas du tout anodin. RISC est une architecture processeur basée sur le jeu d’instruction du même nom et qui vise la simplicité aux détriments de la puissance (pour schématiser). A l’opposé l’autre grande famille qui englobe les processeurs Intel et AMD, se nomme CISC pour « Complex Instruction Set Computing », la précédente signifiait « Reduced Instruction… ». Ce sont deux conceptions différentes et qui disposent chacune de leurs spécificités. L’architecture CISC présente un potentiel plus important en terme de performances mais ce n’est pas sans conséquence car le design des processeurs est plus complexe. Bien évidemment, mes propos sont à prendre de manière générale. J’ai largement vulgarisé la chose pour simplifier cette bi-vision de l’informatique.

Retour sur ARM qui est loin d’être le seul à exploiter le jeu d’instructions RISC. Pour notre culture générale, citons les vénérables CPU Power-PC qui ont intégré les Macintosh, ou encore les processeurs SPARC de l’inoubliable compagnie Sun Microsystems. Dit comme ça on pourrait presque s’y perdre et c’est le cas ! Nous vénérons les derniers Intel core, mais n’oublions pas que des dizaines d’autres familles de processeurs ont équipé les ordinateurs depuis le début de l’ère informatique. Qui seront les prochains ?

Money money

C’est le nerf de la guerre et ARM Ltd a une manière bien particulière de vendre ses puces. En fait, la compagnie ne produit pas de puces à proprement parler justement… J’ai eu du mal à comprendre au début, mais c’est très simple : ARM conçoit des designs de processeurs, puis les vend à des fondeurs. Ces derniers payent une licence puis fabriquent ensuite les puces sur lesquels ARM va récupérer des royalties.

Ces constructeurs, une fois les designs ARM en leur possession, vont produire dans la majorité des cas, ce que nous appelons des SoC ou « System On Chip ». Ce terme vulgaire désigne l’accouplement d’un processeur avec d’autres modules tels que le GPU, sur une seule et même puce. On peut rapprocher cette conception aux APU de AMD qui intègrent également CPU et carte graphique sur une seule puce.

Une fois le SoC sorti d’usine, il part équiper nos smartphones, tablettes et toutes sortes d’appareils que nous n’envisageons pas.

Quel destin pour les autres fondeurs ?

Intel, contrairement à AMD, a davantage suivi la vague. D’abord avec l’avènement des netbooks et de leurs processeurs Atom, puis plus récemment, leurs puces dédiées aux mobiles. Ces dernières qui ne sont autre que des system on chip, défient directement les processeurs ARM. Mais ne nous voilons pas la face. Intel est largement moins présent que la firme britannique sur le marché de la mobilité. Pour cause, une arrivée plus tardive dans cette nouvelle niche (le temps de reconnaitre qu’ils étaient dépassés). Deux autres raisons : des coûts relativement plus élevés que leur concurrent, puis indirectement un problème technique : le fait que les puces soient en x86. En effet, les développeurs travaillent depuis plusieurs années sur des puces sous architecture RISC, il faut donc tout réadapter pour accueillir les SoC Intel. Un investissement que ne peuvent se permettre, ou qui ne présente guère d’intérêt pour la majorité des constructeurs.

Du coté de AMD, c’est une autre histoire. Les Verts ont complètement été dépassé par les évènements. Entre l’arrivée des netbooks ou l’expansion du marché de la mobilité, ils n’ont su présenter aucune solution. Ce n’est que très récemment que AMD a annoncé un partenariat avec ARM afin d’exploiter leur architecture. Ils prévoient ainsi de fabriquer des processeurs Opteron (serveur) sous ARM en 64 bits. AMD espèrent donc offrir deux alternatives à ses clients : efficience et prix compétitif vs puissance et plate-forme pérenne. Je reviens sur le terme 64 bits car il a son importance. Ce n’est qu’en 2012 que la compagnie ARM a annoncé le développement d’une structure 64 bits car jusqu’ici, toutes leurs puces étaient en 32 bits.

Nvidia travaille également sur cet immense marché de la mobilité et propose depuis plusieurs années ses SoC Tegra. Ces derniers couplent des processeurs ARM avec de puissants GPU signés de la patte du caméléon. Nvidia a largement anticipé la montée en puissance des tablettes car il occupe aujourd’hui une part importante des produits haut de gamme.

ARM intouchable ?

Il faut reconnaitre qu’ils sont très bien partis et commencent sérieusement à s’enraciner. En attaquant le marché des serveurs par exemple, ARM prouve son potentiel et sa capacité à se développer. Ce n’est pas tout. Comme expliqué dans le précédent article, ARM a également donné naissance à une nouvelle forme de matériel bon marché : des cartes de développement, des mini-PC et bien d’autres appareils. A l’heure actuelle, leur fonctionnement reste subtile et restreint pour une grande majorité, mais d’ici peu… Il ne faut pas non plus négliger les autres acteurs. Intel comme AMD ou Nvidia, constituent des puissances financières colossales et détiennent d’importantes capacités. La course ne fait que de commencer.

 

Illustration de l’article par teresia

Commentaire

  1. Par Cyril

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