Western Digital et Seagate, tour de table

Inondations et disques durs : on vous a bien entubé – partie 4


Western Digital ou le tigre du Bengal

Au fil des années, la compagnie Western Digital s’est forgée une renommée de plus en plus solide pour parvenir aujourd’hui, au plus haut de l’échelle. Représentant un peu moins de la moitié des ventes mondiales, Western Digital semble quasi intouchable. Tel un guerrier en furie qui n’épargne aucun adversaire, la firme américaine a conquis nombreuses usines asiatiques grâce au rachat de Hitachi et peut désormais compter sur une production colossale.

Le rapport entre WD et Hitachi est primordial. Ayant débuté le rachat de la société japonaise en mars 2011, la transition s’est terminée un an plus tard, en mars 2012. Depuis cette date, toutes les anciennes usines nippones sont au service du titanesque américain. Ne vous y perdez pas, comme signalé précédemment, Western Digital a souhaité conserver le nom Hitachi, d’où la présence de disques apposés du label japonais dans le commerce à l’heure actuelle. (n’hésitez pas à zoomer sur les schémas)

carte-WD

La légende du schéma désigne clairement les deux constructeurs. Dans un graphique c’est acceptable mais si WD mentionne parfois cette bipolarité, dans d’autres cas, il n’hésite pas à faire une distinction. A part semer le désordre, ça n’aide personne. Concrètement, lorsque les inondations ont frappé, Western Digital pointait du doigt ses usines thaïlandaises sans forcement insister sur le reste de sa production, située dans d’autres pays. Maintenant, quand il est question de parler chiffre d’affaire et pourcentages, l’américain regroupe tout pour gonfler les résultats. La vraie question serait de savoir si Western Digital mélange ou non ses différentes chaînes de production. Si la réponse était négative, en plus d’être étonnant, les contraintes seraient très gênantes. Imaginez, WD produit des têtes de lecture dans telle ville de Malaisie puis une usine Hitachi située à 10km plus loin, permet de les assembler, mais c’est interdit ! Insensé… Non, le but du rachat de Hitachi consiste à profiter pleinement de toutes les usines et ainsi obtenir une plus grande souplesse.
En définitive on observe que Western Digital est loin d’être centralisé uniquement en Thaïlande. Cependant, malgré une bonne répartition sur le continent Asiatique, il faut savoir qu’au moment des inondations, l’usine d’assemblage de Bangkok constituait 60% de la production du groupe. Une dépendance très forte dont l’américain a souffert les premiers mois suivants la catastrophe. Voilà ce qui arrive quand on met tous ses œufs dans le même panier… Notons que dans ce même laps de temps, WD instaurait une nouvelle usine en Malaisie qui lui a permis de compenser la charge peu de temps après.

Seagate et le scandale du Watergate

Premier_Logo_Seagate

Le cas Seagate est particulièrement intéressant. Éternel numéro deux, il a su profiter de la crise thaïlandaise à son avantage et ainsi dépasser l’immense WD. Hélas, le succès ne fut qu’éphémère. Seulement quelques mois après la fin des inondations, le géant venu des fins fonds de l’ouest contrôlait de nouveau les plaines arides que représente le marché mondial.

Au fil des années, Seagate a su réaliser des choix stratégiques comme le rachat de Maxtor puis en décembre dernier, celui de la filiale HDD de Samsung. Notez que ce rachat est intervenu en pleine pénurie et que le montant de la transaction s’est élevé à 1,4 milliards de dollars, soit un tiers du CA de la compagnie. A priori, nous n’avons pas tous la même notion de crise…

Petit tour d’horizon sur les usines de la firme.

carte-seagate

Le nombre d’usines parait tout de suite moins impressionnant que Western Digital mais comme vous le savez, l’habit ne fait pas le moine. Au lieu de scinder son industrie en une multitude de petites cases, la carte laisse sous-entendre que Seagate compte sur quelques et importantes usines. Exemple avec celle de Springtown en Irlande où 75% des têtes de lecture du constructeur sont produites. Usinenouvelle.com et le diaporama n°4 du reportage de Presence-PC, confirment que les têtes de lecture, une fois produites en Irlande et dans le Minnesota, sont acheminées en Thaïlande tout comme les têtes d’écriture en provenance de Malaisie. Les sites de Korat et Teparuk assemblent les têtes sur des bras (HSA) puis l’assemblage final a lieu en Chine.

La dépendance vis à vis de la Thaïlande est minime comparée à WD et les revues de presse ne l’ont pas nié. Les inondations ont eu très peu d’impact pour Seagate de manière directe, cependant d’autres acteurs de la régions ou des fournisseurs en matériel, ont rencontré des problèmes. La compagnie américaine a pointé du doigt ces derniers, notamment Nidec Corp basé en Thaïlande qui fournit 75% des moteurs de disques durs dans le monde. Seagate a d’ailleurs peut-être trop exagéré la situation de Nidec Corp car les bilans financiers que nous verrons par la suite, démontrent que le californien s’en est largement sorti.

Remarque : si vous comparez la carte des deux constructeurs, vous remarquerez que la catégorie de production « bras pour têtes de lecture/écriture », est uniquement présente chez Seagate. En effet, en couplant plusieurs données j’ai obtenu certaines informations pour Seagate et d’autres pour WD. Pour ce dernier par exemple, je me suis basé sur un diagramme fourni par le service presse de la compagnie qui manifestement, ne détaille pas tout. J’ai tout de même préféré suivre ces informations officielles pour éviter les erreurs. De plus, pour Seagate, l’histoire ne dit pas ce que sont devenus les anciennes usines de Samsung. Je me suis basé sur une carte mise à disposition sur leur site puis j’ai déterminé à l’aide de plusieurs sources, le type de production. Après plusieurs heures de recherches, il faut savoir dire stop et conserver telles données. Le but de ces cartes étant avant tout de fournir un ordre d’idée sur la capacité et la localisation des usines des deux géants.

Une petite pensée pour Toshiba

toshiba-logo

Sa faible implication dans les inondations et sa mince production nous amènes à négliger sa présence. Encore très jeune, le japonais a beau détenir « seulement » 13% des ventes mondiales, sa situation pourrait largement évoluer dans le futur. Les deux géants sont également passés par le stade d’acteur de second plan avant de devenir des stars. Sans trop s’attarder sur Toshiba, sachez qu’une partie de sa production de plateaux est assurée par Showa Denko, puis les têtes de lectures par TDK. Cette collaboration japonaise permet au pays du soleil levant de subsister dans l’industrie du disque dur et pourquoi pas, de rebondir au moment opportun…

La Thaïlande, berceau de l’industrialisation

Il était primordial que nous nous attardions sur la fabrication d’un disque dur afin d’obtenir une vision d’ensemble : les principes de fonctionnement, la provenance des composants, les lieux d’assemblage, les pays concernés et l’ensemble de cette mécanique.

WD-inondations

Comme nous avons pu le voir précédemment, la répartition des usines est assez chaotique. L’une d’entre elle équivaut à la moitié de la production, tandis que d’autres sont regroupées dans un seul pays ou au contraire, nous découvrons de petits blocs réparties à plusieurs milliers kilomètres les uns des autres. Si cette fois les inondations ont touché la Thaïlande et l’industrie locale, d’autres événements pourraient mettre en péril d’autres maillons de la chaîne.

La concentration des usines d’assemblage en Asie peut poser problème comme nous avons pu le constater. Lorsque de tels mastodontes viennent à s’effondrer, les conséquences sont lourdes. C’est ce qui s’est produit en Thaïlande, immense usine qui représentait à elle seule 40% de la production mondiale de disques durs il y a un an. S’en est suivi une série d’événements pour les moins intriguant : soudaine hausse des prix, rachats d’entreprises concurrentes, bilans provisionnels médiocres puis records de ventes…

Il est temps de passer aux chiffres. Ça va chauffer.

Illustration de l’article par ianduffy


Menu :

Commentaires

  1. Par Leito

    Répondre

  2. Par Nyutag

    Répondre

  3. Par Nicolas

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Combien font (en chiffre) : * Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.